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Teresa Shiki, herboriste Shuar PDF Imprimer E-mail

Teresa Shiki, herboriste Shuar
Une chamane dans nos jardins

Cet été, toute l’équipe de la Clef est tombée sous le charme de ce petit bout de femme, armée de son charisme et de sa force intérieure. Les jardins ont vibré durant six semaines au rythme de l’Amazonie, alors que même le climat chaud et humide était au rendez-vous, exactement ce qu’il fallait pour nous mettre dans l’ambiance de la forêt tropicale humide. Ne manquaient que les perroquets, les toucans, les singes et les serpents…

Teresa est une herboriste qui vit à Puyo en Équateur, au cœur de la forêt amazonienne. Elle est présidente de la fondation Omaere qui a pour objectif de contribuer à l'étude de la biodiversité, de l'ethnobotanique, de la conservation et de la valorisation des cultures des peuples autochtones www.fundacionomaere.org. Son peuple, les Indiens Shuars, est un des peuples d’Amazonie à avoir repoussé le plus longtemps les assauts de la colonisation. Il est aussi connu sous le nom de Jivaros, guerriers redoutables qui réduisaient les têtes de leurs ennemis pour éviter que l’esprit du mort ne revienne pour se venger. Depuis plusieurs années ces rituels n’existent plus, mais les Shuars ont gardé la fierté et le courage des peuples de la forêt.

Teresa rêvait depuis longtemps de venir partager ses connaissances sur les plantes et de découvrir des techniques différentes d’herboristerie. Son savoir sur les plantes lui a été transmis oralement par sa grand-mère et sa mère. Les plantes font partie de sa vie, elles sont sacrées et lui permettent de vivre en harmonie avec la forêt. Toute l’équipe de la  Clef des Champs, où elle est venue réaliser son rêve, a succombé à son charme.

Dès son arrivée au jardin, elle déborde d’énergie et d’enthousiaste, échange sa machette contre une binette et un sécateur et part désherber les terrasses. Elle est infatigable et ne perd jamais son sourire, la barrière de la langue n’est pas un obstacle, tout le monde se comprend et partage des moments riches de complicité et de rires. Elle apprend à récolter les fleurs médicinales et en contrepartie nous raconte comment elle récolte les lianes et les écorces comme le curare et le sangre de drago. Elle s’émerveille devant la force de la nature et ne comprend pas comment toutes ces beautés végétales peuvent se mettent en dormance durant le long hiver. Elle nous explique comment elle prépare traditionnellement ses décoctions et est fascinée par la fabrication et l’empotage des onguents, la macération et le pressage des extraits et prend des notes pour pouvoir utiliser ces techniques dans sa pratique.

Personne n’oubliera le son de la voix de Teresa lorsqu’un après-midi de cueillette de cataire, elle s’est mis a chanter le chant sacré des femmes Shuars pour remercier la Terre-Mère (anent). Quel instant magique et éternel! « Ô temps! Suspends ton vol… ». Teresa est repartie du Québec à la fin du mois d’août, le cœur et les yeux remplis d’images et d’expériences nouvelles. Elle nous laisse en cadeau le souvenir de cet échange vibrant d’énergie et la sensation d’avoir vécu un  partage authentique et inoubliable.