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VISITE AU PAYS DES SAMOURAÏ

UNE JOURNÉE DANS L'ATELIER DU MAÎTRE CHASEN

Mars 2008. Nous sommes au Japon pour visiter les producteurs de thé. Nous profitons de notre passage dans la région de Kyoto pour rencontrer l’un des trésors vivants du Japon, un maître chasen. C’est avec l’aide de Ikuko-san (guide bénévole de Nara) que nous avons pu trouver cet artiste que nous connaissions de réputation et dont la famille fabrique des chasens depuis quelques générations. Les chasens sont de petits fouets de bambou utilisés pour préparer le thé matcha (thé vert en poudre).

Chasen1Après une courte randonnée de train depuis Nara, nous continuons en taxi à la sortie de la gare et notre chauffeur (vieux monsieur à la belle tête blanche, conduisant sa voiture avec ses gants blancs, comme partout au Japon) nous explique le développement de l’industrie des chasens, la compétition des chasens de pauvre qualité qui proviennent de Chine et de Corée et la difficulté pour les producteurs de bambou et de chasens à gagner leur vie au Japon du 21e siècle. Les plantations de bambous longent notre route et, à côté des échoppes des artisans, nous apercevons les pyramides de bambous séchant au soleil. En effet, les tiges de bambou avec lesquelles on fabrique les chasens sont coupées durant l’hiver (janvier, février), immergées dans l’eau chaude pour en retirer l’huile et ensuite mises à sécher dehors durant deux ou trois mois, puis entreposées pour deux ou trois ans, avant leur utilisation. C’est durant l’entreposage que les bambous sont examinés et triés. Aujourd’hui, la compétition vient des bambous de piètre qualité en provenance de Chine qui sont taillés en chasen immédiatement après la coupe, donnant des chasens de moindre qualité (à moindre coût) et qui fendillent rapidement.Chasen7

Nous arrivons donc chez Keise Kubo et comme Keise-san est à Tokyo pour affaires, c’est son épouse et son fils Kyousuke que nous allons rencontrer. Seul le père est reconnu comme un maître artisan, mais son fils (mi-trentaine) est également un habile artisan qui fabrique des chasens depuis maintenant 20 ans. La reconnaissance ne venant qu’avec l’âge au Japon, il ne peut encore porter le titre de maître chasen. Kyousuke et sa mère nous reçoivent dans leur petit salon (qui leur sert aussi d’atelier) attenant au jardin et à une petite entrée qui fait aussi office de boutique.

Agenouillés sur des coussins, on nous offre bien sûr du thé, d’abord un matcha suivi d’un délicieux gyokuro. Comme nous explique Kyousuke, ils ont pour habitude de travailler tard et de se lever tard et notre arrivée si tôt de matin (il est près de 9 h 30) les a un peu pris de court. Mais ils sont d’une extrême gentillesse et nous tentons de répondre de notre mieux à leurs attentions. Pendant que nous prenons le thé (et des sucreries, comme la tradition le veut) nous échangeons des cartes de visite et nous expliquons un peu mieux le but de notre rencontre.

Chasen2Dès le début, les échanges sont captivants. Toutes nos questions obtiennent réponse et les interactions sont claires. Même notre interprète est fort intéressée par la fabrication du chasen et le métier de maître artisan chasen. Kyousube prend ses outils et un morceau de bambou et il amorce devant nous la fabrication d’un chasen.

Évidemment la démonstration est fabuleuse, non seulement par la dextérité de l’artisan, la précision de ses gestes et la fragilité de l’objet à toutes les étapes de sa fabrication, mais aussi par la simplicité incroyable de ce processus qui transforme un simple morceau de bambou en un objet complexe, en n’employant que ses mains armées de petites lames. On se rappelle que le bambou a d’abord été taillé, passé à l’eau pour en retirer l’huile, séché au froid de l’hiver et entreposé pendant deux ans. Il est ensuite coupé et on ne pourra tirer que 3 ou 4 pièces d’une tige de bambou. C’est donc avec une section de bambou d’environ 6 pouces, présentant un noeud à son tiers, que Kyousube débute son travail.

Laissant intacte la petite partie qui servira de manche, il fend le bambou en 16 morceaux, qu’il sépare ensuite en deux sur l’épaisseur afin de former les parties intérieures et extérieures du chasen.